Eric Zemmour sur la transition et l´écologie. Peut mieux faire…

On ne peut pas bâtir un programme présidentiel sur les seuls thèmes du déclin civilisationnel, de la perte de souveraineté ou des risques de guerre civile. Certes, cette analyse est nécessaire et courageuse au pays du politiquement correct, car elle agite la campagne et fait bouger les lignes en ouvrant à d´autres réflexions décomplexées, notamment sur notre rôle dans l´Europe ou l´Otan. Monsieur Eric Zemmour a le mérite de mettre des mots sur certains maux et de poser clairement le débat. C´est un point de départ tout à fait recevable, à tel point que les formations politiques s´en emparent et s´engouffrent dans la brèche, souvent sans aucune perspective historique et philosophique, ce qui n´est pas le cas d´Éric Zemmour.  

Néanmoins, nous n´avons pas encore entendu parler d´un enjeu de survie qui dépasse malheureusement celui de la nation française, car il concerne l´humanité toute entière. Ses réponses sur ses sujets laissent perplexe (à moins qu´elles ne soient volontairement vagues pour des raisons stratégiques). Le changement climatique et l´extinction de masse en cours sont, non seulement des priorités absolues, mais surtout des axes prolifiques pour qui souhaiterait imaginer demain et tracer de nouvelles voies pour la nation. Rappeler que l´écologie est historiquement de droite ne fait pas avancer le débat, sauf à préciser que ces thèmes ne sont pas la chasse gardée de la gauche.

Il n´a pas été assez clair sur ces sujets, qui pourtant, pourraient le légitimer encore plus, au-delà de sa dimension patriote. L´écologie n´est pas une option et n´est plus une idéologie tant l´urgence implique désormais que toutes les sensibilités s´en emparent. Le terme est hélas éculé à force d´avoir trop été utilisé jusqu´au ridicule. Peut-être faudrait-il en trouver un autre pour dessiner un nouveau paradigme destiné à faire cohabiter notre modèle à bout de souffle et l´émergence d´une civilisation soutenable. En d´autres termes, l´économie de marché actuelle et la future décroissance devraient pouvoir cohabiter, car une transition implique que deux modèles se croisent et puissent interopérer. 

C´est le cas par exemple de la transition nucléaire évoquée par Monsieur Mélenchon. La démarche va prendre plus de 50 ans. Évidemment, on ne va pas couper les centrales à effet immédiat, on ne va pas saborder ce savoir-faire français et les emplois qui vont avec, mais on doit trouver des mix énergétiques à moyen-long terme pour les fermer et les remplacer. Et cela passe sans doute par des lieux de vie moins polarisés sur les villes où se concentrent plus de 80% des français, ce qui justifie les centrales nucléaires pour l´instant. La sobriété, l´autonomie alimentaire, ou bien la production locale d´électricité (80% des ouvrages hydraulique français ne produisent pas d´électricité), sont aussi des sujets évoqués par le représentant de la France Insoumise, et dont certains peuvent être mis en œuvre rapidement. Ils sont constitutifs, au même titre que la sauvegarde de la nation, du projet de société qui doit émerger et répondre à la question: que fait-on demain ? Et la réponse dépasse largement le thème du nécessaire rétablissement de la France car elle intègre la dimension climatique et s´étale sans doute sur les prochains siècles. On se situe dès lors dans une perspective plus civilisationnelle que quinquennale.

Relire ou écouter par exemple Messieurs Gael Giraud, Jean-Marc Jancovici, ou bien Aurélien Barrau ne serait pas inutile. Cela aiderait à inscrire les actions nationales dans un cadre de réflexion planétaire permettant d´essayer de répondre à la catastrophe climatique annoncée. On ne pourra pas faire l´impasse sur les constats et sur la prise de conscience. Difficile d´imaginer que ces aspects ne puissent pas être sérieusement étudiés, puis intégrés dans un éventuel programme. En résumé:

  1. Le changement climatique est une réalité,
  2. La plupart des sommets climatiques n´ont servi à rien (à part émettre plus de Co2 avec l´argent des contribuables),
  3. Quel projet global pour demain ?

Eric Zemmour serait ainsi moins clivant en abordant ces thèmes qui ouvrent sur des enjeux supra nationaux sur lesquels nous pourrions tous collaborer quelles que soient nos visions : Fiscalité verte (immobilier rural, bas-carbone...), réallocation de l´épargne « traditionnelle », aménagement du territoire, politique agricole, architecture et urbanisme, éducation et formation, normes de construction, stratégies post-industrielles, nouveaux modèles économiques, politique internationale, etc… La décroissance n´est pas une injure, elle est uniquement un blasphème pour les tenants de la croissance à tout prix. Soit les nations l´anticipent et l´accompagnent, soit elle s´imposera violemment à tous en l´absence de préparation. 

Pour qui parviendra à imaginer demain, en dehors du prêt-à-penser en boîte et des clivages politiques traditionnels, il existe de nombreuses opportunités pour mettre tout le monde à l´ouvrage dans un véritable effort de guerre (c´est le bon terme cette fois-ci). Il permettra de rendre la nation plus résiliente face aux claques climatiques qui surviendront dans les prochaines années. Elles seront tellement cataclysmiques, qu´elles rendront sans doute secondaires nos querelles de clocher et de minaret. La France est idéalement placée pour explorer ces différents sujets, innover et continuer à inspirer le monde. Il est encore temps de corriger le tir.